Les jours raccourcissent. Le temps est capricieux. L’aube se traîne en longues coulées pastelles.

fce8b7f7cc160671aa6996a46b37a22aL’Océan boit les soirées goulûment en foisonnements d’or cuivré. J’emmagasine toutes les couleurs, ces transparences pour le temps de la reprise de mes études. L’été est parti. L’automne est là.

J’ai le « blues » de laisser tout çà, Lilaë, Mélya.

Que ces vacances sont étranges ; je ne devais passer que quelques jours sur cette côte Océane que je découvrais… il y a de cela bientôt deux mois ! Les rencontres avec Lilaë qui sait tout, devine tout. Elle m’interpelle au plus profond de moi. Celles avec Mélya, discrète, enchanteresse, la venue de Damien, pas si imprévue que çà, je le devine.

Une idée bizarre m’est venue. N’est-il pas à l’origine de mon séjour ici ? Je ne venais que pour déposer un document… je ne sais plus où d’ailleurs. C’était sur la route de mes vacances prévue dans les Landes…

Que s’est-il passé ? Si j’y croyais, je dirais que je fus victime d’un Enchantement… Cette journée me ramène en Provence, chez moi, au Mas Balthazar.

Tiens, Lilaë me rejoint tandis que je « rêvasse ». Elle me parle du Mas de mon enfance… Certaines de ses questions me semblent un peu saugrenues.

Par exemple, elle me parle d’un chien qu’elle a rencontré l’an dernier ; ce faisant, elle caresse Bill-Chien qui la dévore des yeux…

- «T’as un chien, toi aussi, chez Balthazar ? »,

- « Oui, il s’appelle Melchior ».

- « Encore les Rois Mages » remarque-t-elle.

Copie_de_400_F_1254635_QaJ3vRku45bGZD12hrNgpUIRkPZr1XElle est fine observatrice, rieuse, espiègle et souvent si sérieuse, qu’elle m’intimide un peu. Je n’ai pas l’habitude des enfants.  Est-elle une….fée ?

Je pense à tout cela pendant que Lilaë joue sur la plage ; elle ramasse des coquillages. Ce temps passé en sa compagnie et celle de Mélya me fut bénéfique. Avec Damien, nous avons parlé de mon désir de devenir Peintre-Verrier.

C’est comme çà que je suis allé avec lui, Mélya et Lilaë, visiter l’atelier d’une de leurs amies. Elle se nomme Tiphaine et est Artiste-Verrier.

Quelle émotion étrange m’a saisi lorsque nous y sommes entrés. J’ai eu l’impression très nette de revenir chez moi.

Tout m’y était familier, surtout quand j’ai touché le verre, les émaux ; je me suis « vu broyer des pigments » sur un autre plan dans un autre lieu… je ne rêvais pas… c’était tangible, réel.

A ce moment, Tiphaine a ouvert le four pour en sortir des pièces ; là, j’ai vraiment cru m’évanouir. Les émotions étaient tellement fortes… comme le ressenti… Bizarrement, j’ai « vu » les collines autour du Mas Balthazar… puis tout s’est effacé.

J’avais la sensation de revenir d’un voyage intemporel ; c’est comme si j’étais là dans cet atelier et une autre partie de moi dans un autre temps ancien.

Pendant tout ce temps, Lilaë serrait ma main fort. Brice, Mélya et Tiphaine se sont aperçus de mon bouleversement… Nous avons marché logtemps sur la plage en revenant . J’ai expliqué de mon mieux ce que je ressentais à Brice… il a compris parfaitement, Mélya aussi.

Tant qu’à Lilaë, rien ne l’étonne, elle m’a dit :

- « T’as pas fini, Berger »…

Encore ce nom… çà me bouleverse.

La semaine qui a suivi, Tiphaine est venue chez Mélya, elle m’a offert un livre « Le Passeur de Lumière, Nivard de Chassepierre » ainsi que deux ouvrages « Les Peintres Verriers et les Peintres ». J’ai vu ces livres ; maintenant, je les ai. C’est un grand bonheur.

Quand elle me les a donné, en souriant, elle m’a dit :

- « Accroches-toi. Tu as déjà un fameux bagage, tes émotions en sont la preuve ».

Je suis sûr à présent que je vais aller vers ces études nouvelles avec moins d’appréhension.

Les vacances se terminent. Il y en aura d’autres aussi fructueuses, je l’espère.

Nous rentrons, Lilaë et moi, avec Bill-Chien. Mélya nous attend dans le jardin embrumé.

Durant le dîner, le téléphone sonne. C’est pour moi. Ma petite mère m’informe que la rentrée est avancée pour la sélection. Mon cœur se serre déjà. Lilaë se précipite dans mes bras dès que j’ai raccroché le combiné.

Comme elle va me manquer, ma petite Messagère ; çà, je l’ai compris depuis peu. C’est elle qui me guide. J’ai la certitude que ce n’est pas fini… que nous avons beaucoup de choses à faire ensemble.

Mélya me tend un mouchoir ; sans m’en apercevoir… des larmes coulent… heureusement que chez nous, on ne m’a jamais dit « qu’un homme, çà ne pleure pas »…

Il est vrai que cela m’arrive rarement… mais, en ce moment, çà bouge beaucoup pour moi.

- « Pleure pas, Berger. Tu vas voir Balthazar, ta maman, ton papa, grand-père et ta Damelys. Y’a aussi Melchior. Moi, quand j’vas partir, Bill-Chien restera avec Mareinefée. A l’est toute seule autrement.

Moi aussi, j’ai papa, maman. Et pis, t’sais, on s’reverra à Noël. A l’école, j’ai des copines, des copains… mais, toi, t’es mon p’tit frère ! ». Je la regarde, éberlué ; son p’tit frère ?

J’ai pourtant l’impression d’être plus grand, plus âgé qu’elle. Mon visage doit en dire long car Mélya me fait signe que « oui », un doigt sur ses lèvres.

Ah ! bon. Je ne dis rien… elle a sans doute raison. fc20d49a7e16f38e80689ac9b07fb24d

Nous nous séparons pour la nuit. Je ne dors pas beaucoup et vais marcher en bord de mer.

Demain, je pars. J’écoute le ressac sur les rochers. Le temps est clair. La lune se reflète dans la mer calme.

Dans quelques jours, Lilaë va repartir. Ses parents Aimée et Gilles viennent la chercher.

Mélya va reprendre le chemin de son atelier de mosaïste. Sans doute, se verront-elles avec Tiphaine.

Je rentre à la gloriette des Mouettes…

Avec certitude, tout d’un coup, je sais que nous nous verrons bientôt. Et, si c’était aux vacances de Noël… au Mas Balthazar ?…

… Voilà, c’est sur ce nom que Brice a terminé ses confidences. Je n’ai pas argumenté, c’est bien ainsi. Il est parti avec Damien, le sourire aux lèvres…

A bientôt, Brice !

Et maintenant…

Je termine  l’Histoire-Rencontre de Lilaë la Messagère et de Brice l’Artiste qui rêve d’être

« Passeur de Lumière »…

J'aimerais bien les revoir...Qui sait la vie c'est bizarre  ...

                                                                                               Adiousas

                               signature_4