filleneige

« Bon Diou, que c’est beau ! » diraient Zulma et Balthazar.

Après un dernier « adiousas », ils reprennent le chemin du Mas ;

en sortant, ils s’arrêtent émerveillés, le paysage est poudré de blanc ;

dans l’air pur, la neige semble de nacre avec des reflets de plumes de ramiers.

Les oliviers brillent tels des ballerines un soir d’opéra,

les cyprès sont devenus cierges de diamant ; le ciel est profond, velouté clouté d’or,

la lune levée depuis peu illumine, baigne ce spectacle de sa clarté sidérale.

« Oh ! les Anges ont perdu leurs plumes » dit doucement l’enfant ravie.

Il leur vient des goûts de miel, des parfums d’orange, c’est comme un rêve.

Ils leur semblent entendre dans l’air froid des sons assourdis de fifres et de tambourins.

Lilaë s’arrête en haut d’une butte, se tourne vers Brice, à qui elle donne la main,

lève sa frimousse vers le ciel qui semble embrasser la Terre et dit, désignant les étoiles :

« Regardes, ils sont tous là ».

Lui aussi contemple tant de beauté ; lâchant la main de son compagnon,

elle s’élance vers Jan qui s’accroupit près d’elle et,

tête contre tête, l’un près de l’autre, énumèrent :

« Le Chemin de Saint-Jacques, le Char des Ames, les Trois Bêtes,

Jean de Milan et… Belle Maguelonne », rajoute Jan.

« Dis, papé, Jean de Milan, c’est toi ? ». Il sourit, elle continue « La Pou.. la Pon..

la Poussinière, j’sais pas l’aut’ nom… ». « La Pléiade » souffle Jan.

« Et là, là, regarde Brice, elle est là ton Etoile…

l’Etoile du Berger » en désignant Vénus.

« Comment sais-tu tout çà ? ».

« J’sais pas, c’est comme çà » rit-elle ; et, s’adressant à Jan, elle lui chuchote à l’oreille :

« T’sais, j’suis sûre que tout à l’heure, j’ai vu l’Ane du Père Noël passer là-bas, près du ciel ».

Jan acquiesce, elle glisse sa main dans la sienne…

Melchior et Bill trottinent, contents de cette sortie nocturne.

En marchant, Damien commence à fredonner la Marche des Rois. Florent,

Gilles joignent leurs voix à la sienne,

les femmes unissent la fraîcheur des leurs et tous s’y mettent.

Brice tire un fifre de sa poche et les accompagne. Ravie, Lilaë bat des mains…

C’est ainsi que les Anges, toujours au balcon du ciel, voient défiler

une drôle de caravane et deux chiens gambadant.

Se penchant un peu trop, un angelot manque de perdre l’équilibre,

rattrapé de justesse du bout de l’aile par sa maman Angéline .

Grondé par son Pèrange, il suit des yeux avec envie

cette petite fille encapuchonnée qui se nomme Lilaë !

à suivre...